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LA NUIT OU J'AI VU LE PÈRE NOËL

Je le vis debout et je le reconnus

Samedi 24 décembre 2016

 

TIENS, les deux réverbères de la rue de la Verminette commencent à trouer le crépuscule. Leur lumière jaune, pâle mais chaude frappe le macadam noir rapiécé sur toute la largeur de la voie. Je distingue encore l'if bicentenaire, comme je discerne encore les arbres dépouillés de la propriété d'en face et la forme des sapins du parc de la Chèze. Il n'y aura probablement aucune étoile qui scintillera dans le ciel de la nuit de Noël. Une douceur humide enveloppe Latillé depuis plusieurs jours déjà et les illuminations publiques font ce qu'elles peuvent pour donner un air de fête au village. Les vitrines, des quelques commerces qui ont subsisté, pavoisent gaiement la place Robert-Gerbier où se dresse timidement la maison que nous habitions lorsque j'étais enfant. 

Devant la cheminée de la pièce de vie, unique fragment du modeste rez-de-chaussée, et tout près de la cuisinière à bois et à charbon, maman avait installé un grand baquet qu'elle allait remplir de plusieurs bassines d'eau chaude et froide. L'heure de mon bain était arrivé. Je m'installai dans cette tiédeur et m'amusai à agiter ce flot en esquissant des gestes de champion de natation. Maman rouspéta pour la forme parce que j'allais mettre de l'eau sur le lino qui nous isolait de la terre battue du sol. Dans l'âtre, des flammes jaunes, oranges et bleues dansaient tandis que les bûches de charme, de hêtre et de châtaignier, fendues par papa dans le cagibi qui prolongeait ce que nous appelions la cuisine, imitaient parfois le bruit d'une mitraillette s'en prenant au manteau de la cheminée.

J'avais 5 ou 6 ans et je faisais ma grande toilette de Noël en ce 24 décembre. Toute la famille se rendrait tout à l'heure Cheminee1à l'église Saint-Cybard pour assister à la messe de minuit que célébrerait Monsieur le curé, l'abbé Olivier Loth. Mes frères étaient enfants de chœur. J'avais hâte de devenir grand pour intégrer les rangs de ces servants d'autel vêtus d'une soutane rouge et d'un surplis blanc, Pour Noël, "l'uniforme" était paré d'un camail aux bordures en fourrure. Si j'écarquillais les yeux devant le faste de la cérémonie, si j'entendais bien parler de la naissance du "divi nenfant", si j'écoutais la chorale s'époumoner, je priais surtout pour que le Père Noël laisse dans mes souliers la panoplie de cow-boy qui trônait dans la vitrine du magasin de Bébert, revêtue, été comme hiver, d'une indémodable blouse noire et d'une pèlerine en laine grise dont elle couvrait ses épaules au moindre rafraîchissement de la température.

La messe était dite. Nous rentrâmes à la maison pour un frugal réveillon et nous allâmes nous coucher, dans la même chambre aux barreaux de prison, mes deux frères, Alain, Jacky et moi. Je continuai mes prières. " Jésus fais que le Père Noël m'apporte l'habit de cow-boy. " Le sommeil finit vainqueur. J'avais lutté mais, bercé par la répétition de mes ardentes supplications, je m'étais endormi. Longtemps pourtant, j'avais gardé les yeux ouverts sur le foyer de la cheminée qui était sensée chauffer les deux chambres situées à l'étage. La chorégraphie des flammes rougeâtres me fascinait. Elles et mes sollicitations auprès de Dieu ne facilitaient guère mon éveil. Je m'étais finalement endormi lorsque Miquette, notre petite chienne ratier, à la robe digne d'un goupil, se mit à gémir de plus en plus fort. La porte, qui séparait la cuisine du cagibi, multiplia les grincements qui m'étaient pourtant familiers. C'est sans doute ce qui me réveilla. Le Père Noël était arrivé jusqu'à notre maison. Je l'entendis monter discrètement l'escalier qui conduisait aux chambres. Je n'en menais pas large sous les draps et la couette. Même les ronflements de papa, dormant du sommeil du brave, ne me rassuraient pas.  Il n'avait pas peur du Père Noël, papa ! Lorsque la porte de la chambre s'ouvrit lentement, je fermai les yeux. Je ne voulais pas que le Père Noël me vit éveillé. La tentation fut plus forte. J'écarquillai les quinquets aussi grand que possible. Et je le vis. Cette nuit-là, oui, je vis le Père Noël déposer les cadeaux au pied de la cheminée. Dans la pénombre, je reconnus la forme de sa hotte sur son échine courbée. J'entendis le bruit d'une orange qu'il venait d'échapper et le froissement du papier d'un paquet de croquettes de chocolat. Puis, je le vis debout, et je le reconnus...

Maintenant, les deux réverbères de la rue de la Verminette trouent l'obscurité de la nuit. Leur lumière jaune, pâle mais chaude frappe le macadam noir...Je distingue encore l'if bicentenaire. En face, là ou se dressent d'autres conifères, papa, maman, frérot Alain se reposent pour l'éternité. Et ce n'est pas un jeune cow-boy de 5 ou 6 ans qui les a tués. D'abord, ils n'étaient même pas des indiens.

Philippe R.

 

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Date de dernière mise à jour : 24/12/2016