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Firmin

 

Mardi 14 avril 2020

 

Histoire telle une nouvelle

Comment était éclairé le bourg autrefois ?

 

Avec Firmin, 

 

à la lueur de son petit

 

bonhomme de chemin

 

L'histoire, que nous vous contons ci-après met en scène Firmin, un personnage fictif qui aurait pu vivre à Latillé, à la fin du 19e siècle. Elle décrit aussi des équipements publics et des objets ayant réellement existé dans le bourg. Il en reste quelques vestiges. À quoi servaient, notamment, lesdits équipements publics  ? L'auteur n'a aucune preuve historique écrite de la fonction qu'il leur attribue. Il s'appuie sur certains témoignages oraux perpétués de générations en générations jusqu'à nos jours. En s'appuyant sur ceux-ci, votre serviteur décrit ce que son imagination lui a inspiré. Ce n'est peut-être pas aussi loin que cela de la vérité. À vous de voir, c'est le cas de le dire, et, qui sait ? de vous plonger avec plaisir dans la vie d'autrefois.

Le carton " Oberthür " du facteur, autrement appelé " l'Almanach des Postes ", représentait le dessin d'un brave homme de la campagne appuyé sur un manche de pelle. Le paysan discutait avec un petit groupe d'enfants et, entre lui et un puits, il y avait une brouette dont la caisse contenait des géraniums en fleurs. Firmin regarda cette image, comme tous les matins, puis fit également un rapide inventaire de sa chambre et de sa salle à feu contiguës.

Sur sa droite, un passage permettait d'accéder à une petite pièce meublée d'un établi de cordonnier, en chêne massif, et aux pieds angulaires qui lui donnaient une majestueuse apparence. La table du plateau, basse et parée de multiples outils, était disposée devant une petite fenêtre qui filtrait le jour dès que celui-ci pointait son nez. À côté d'une enclume en fonte, trônait un tabouret à trois pieds sur lequel s'asseyait Firmin, au retour de sa mission publique, pour fabriquer des savates et des sabots, et ressemeler des chaussures que les habitants du village n'utilisaient seulement que les jours de fête. Firmin était passionné par ce métier qui lui permettait de subvenir à ses besoins. Il l'exerçait en complément de son emploi "territorial" si chichement rétribué.

Images 29Dans la grande salle, la cheminée en brique était adossée au mur perpendiculaire à celui de la porte d'entrée. Son manteau en bois, adapté à la taille du foyer, sur lequel reposait dignement la boîte à sel, recevait avec poésie la timide et douce lueur des braises de la veille. Les fenêtres de la chambre et celle de cette pièce se tenaient raides et froides, comme la garde d'un château féodal, derrière leurs volets intérieurs. 

Pour se chauffer, Firmin faisait rentrer son bois de La Chèze et de La Raudière où ses amis Clovis et Fernand étaient régisseurs des domaines respectifs. A plein feu, soutenues par deux chenets, des bûches de chêne et de hêtre brûlaient dans l'âtre, en produisant des flammes bleu et orangé, qui réconfortaient le bonhomme. Assis sur une des deux chaises basses, il attisait les braises de temps en temps avec la pincette qui avait laissé seule la pelle étreinte par le serviteur de cheminée. Sur un des crans médians de la crémaillère était suspendue une marmite dont une oreille se trouvait toujours coiffée d'un écumoire.

Firmin saisit une poche à eau en cuivre par sa grande anse, et laissa son large bec verser le café, toujours maintenu au chaud dans le foyer, dans un verre culotté comme la pipe que lui avait léguée son père. Tout à l'heure, une fois son ouvrage terminé, il passerait chez la mère Radegonde boire un autre café. Il s'assit à califourchon, prit un réel plaisir à se chauffer le dos, reposa le verre à côté de ses pieds et somnola pendant de longues minutes, sa joue droite reposant sur ses bras croisés sur le dossier de la chaise. Sur l'autre chaise, un chat roux au yeux verts tourna sur lui-même et se coucha pour dormir paisiblement.

Firmin sortit de sa douce et charmante torpeur, se leva, et s'en alla prendre sa veste en velours côtelé marron foncé, assortie à sa culotte, elle aussi en velours. Durant le court trajet qui le conduisit de la cheminée au bord de son lit, il rajusta son épaisse chemise de toile bise, défit sa ceinture de flanelle beige et lui fit refaire trois fois le tour de sa taille en la serrant juste comme il faut. Enfin, avant d'enfiler son paletot, il arrangea soigneusement son gilet de flanelle à petites manches, afin que l'étoffe épousât confortablement sa carrure, assez impressionnante pour un homme de 55 ans.

Après avoir jaugé l'équilibre du dressoir où étaient soigneusement rangés assiettes, tasses et verres, le bonhomme referma les portes entrouvertes du placard creusé dans l'épaisseur du mur puis s’enquit d'une musette accrochée à une poutre, à côté de plusieurs paniers, et posa machinalement sa main droite sur une des étagères qui accueillaient le vinaigrier, des pots en grès, le moulin à café en bois, un pot à lait en métal, des pichets et deux cafetières en métal émaillées. Il saisit un jeu de clés rustiques, coiffa sa casquette au moment où la pendule, trônant sur la cheminée, sonna six heures du matin. Firmin avisa alors un bidon en fer blanc, muni d'une poignée, qui pouvait contenir trois litres du liquide qu'il utiliserait tout à l'heure. Ce bidon était posé sur un sol de terre battue, sous la fenêtre située à droite de la porte d'entrée. Là, avait été aménagée une petite niche sous laquelle était fixée la pierre à évier. 

L'allumeur qui éteint

Firmin sortit de chez lui et dut affronter tout de suite un vent frais venu de l'est.Ob f76e88 allumeur reverbere gaz 5 Il gelait encore assez fort en cette mi-février et quelques minuscules flocons de neige virevoltaient dans le bourg pas encore sorti de sa léthargie, à pareille heure. Grâce à Firmin, ce soir, le cœur du village serait illuminé, ici et là.

Firmin était allumeur de réverbères, une fonction qu'il avait briguée pour un franc par jour auprès de l'adjudicataire proposé par le préfet de Poitiers parce que "Là-Haut" il avait été décidé  d'éviter aux piétons de déambuler, la nuit tombée, dans une totale incertitude visuelle. . . De faire de "drôles" de rencontres réprimées par la loi.  Pour Firmin comme pour beaucoup de paysans et d'habitants du bourg, l'hiver était la période la plus difficile à cause des intempéries et du froid qui engourdissaient les doigts des femmes et des hommes s'aventurant dehors. Allumeur : ce n'était pas un métier très lucratif qu'exerçait Firmin, mais il en était tout de même fier et mettait un point d'honneur à accomplir son devoir avec une perfection certaine.

Le brave Firmin s'engouffra dans la rue du pré de la commune (Ndlr : aujourd'hui, la place du champ de foire) dont l'herbe, à certains endroits moins exposés au pâle soleil de février, était encore blanchie par le gel qui perdurait depuis plus d'une dizaine de jours.Latille eclairage ancien bardeau 2 Il arriva bientôt au "Bardeau",  à l'angle de cette maison aux trois ouvertures donnant sur trois horizons différents. Avec sa clé passe-partout, qu'il introduisit dans la serrure en fer forgé, il ouvrit "la boîte à cordes", façonnée en fonte, une sorte de petite armoire creusée dans le mur à l'intérieur de laquelle était installé un cabestan. Sur ce petit treuil, que Firmin actionnait avec une clé à manivelle, s'enroulait un cordon qui montait à l'intérieur de la maçonnerie protégée par un tube en tôle de fer. Quelque trois mètres plus haut, hors de portée de vandales ou de voleurs, étaient accrochées des potences où étaient suspendues, munies d'une poulie, les lampes à huile réverbères ainsi appelées parce qu'elles étaient équipées d'un réflecteur en cuivre argenté. Ces lampes étaient descendues à hauteur d'homme, pour un entretien et un plus confortable allumage" puis étaient remontées là d'où elles venaient, toujours à l'aide de la corde et de la poulie puisqu'il ne pouvait en être autrement.

En excellent allumeur de réverbères, quasiment maniaque, Firmin faisait toujours preuve d'une parfaite dose d'adresse manuelle. Paradoxe absolument admirable, la mission de l'allumeur consistait toujours par commencer la journée à...éteindre.

Ce mardi matin-là, donc, le brave Firmin enleva la mèche qui s'était consumée durant la nuit. Le rituel quotidien résidait, avant le lever du jour, à nettoyer les chapiteaux, les plaques des réverbères, les porte-mèches, et la coquille de la lampe. En fin de journée, la nuit venue, il y étalerait le coton afin qu'il s'imprègne d'huile. Dans sa main droite, il tiendrait un bâton, dont l’embout se composait d’un cylindre à jour protégeant une petite flambée tremblante, qui lui servirait à mettre le feu à la mèche. Puis, Firmin remonterait la lampe jusqu'à la potence. S’élèverait enfin une lumière d'une autre nature, qui faisait toujours perler des larmes de bonheur au coin des yeux bleus du brave homme solitaire. Des instants que l'on peut imaginer magiques. Enfin, l’extinction du feu se ferait automatiquement par ... épuisement du carburant.

 Après le "Bardeau, " l'Allumeur",  comme l'appelaient les gens du village, prit la direction de la rue des halles,Latille autrefois bas place (Ndlr : aujourd'hui, place Robert-Gerbier) puis la direction du pont et de la Rue Basse (Ndlr : avenue du Poitou) qui se croisaient avec la route de Saint-Maixent (Ndlr : avenue des 3 Fontaines) et celle d'Ayron. En huit endroits, il répétait les mêmes gestes en un temps rapide de vingt minutes par réverbère. Une durée qui était imposé par le préfet. Il reprendrait son circuit des réverbères quand la nuit noire de l'hiver, dans quelques heures, reviendrait plonger le bourg dans l'obscurité.

Au dernier réverbère, Firmin prenait enfin le temps de souffler dans les paumes de ses mains pour les réchauffer tant le vent venait lui mordre les doigts. Alors, il s'octroyait un arrêt chez la mère Radegonde pour y prendre un café dont l'arôme embaumait la pièce. Un bon bon feu crépitait autour des tables et des bancs réservés à la clientèle. La casquette toujours rivée sur son chef, Firmin se délectait des chaudes gorgées de la boisson réconfortante. Il restait debout, le dos au feu, à regarder quatre de ses copains paysans, mis au repos forcé par le gel de la terre, qui jouaient à la manille et "buffaient" sur un godet de vin à la française, un médiocre vin de pays, chaud, sucré au miel, et aromatisé avec de la cannelle. 

A l'issue de cette savoureuse pause, Firmin regagnait son foyer où il reproduisait chaque jour les mêmes gestes. Le tout premier était une caresse sur la tête du matou qui, parfois, se plaignait d’être dérangé dans son sommeil et émettait un bref grognement rauque qui amusait le bonhomme particulièrement taquin. 

Puis, Firmin rechargeait la cheminée, attendait la flambée, et seulement lorsque les flammes commençaient à lui chauffer le visage, il allumait sa pipe en buis, identique dans sa forme à celles des "grognards" de Napoléon.

Le père Firmin fermait les yeux, refaisait dans sa tête son parcours d'allumeur de réverbères, et imaginait celui du soir, lorsque la nuit serait sortie vainqueur du jour. Le brave homme finissait par s'assoupir...

Son visage était épanoui et son expression était douce, calme et fragile. Comme la flamme d'un réverbère qui, un peu plus tard dans la journée, allait luire sur les maisons alentour en dessinant leurs ombres, profondes blessures d'une nuit pourtant si belle.

Philippe Rivière

 

 

Références

Comment vivaient nos ancêtres, Jean-Louis Beaucarnot Ed. Lattès, 

* Hervé Déjean, Lampes antiques à travers les âges : Le Corpus. Editions Archeo-Numis.

*Institut de recherches historiques du Septentrion (IRHIS)

*LA MAISON RURALE EN PAYS D'HABITAT DISPERSÉ de l'Antiquité au XXe siècle Annie Antoine (dir.)  Éditeur : Presses universitaires de Rennes

*Histoire pour Tous (HpT) de France et du Monde " La vie quotidienne de nos ancêtres " 

*Bibliothèque nationale de France (BnF)

*Centre national du livre (CNL)

 

 



 

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Date de dernière mise à jour : 15/04/2020