Latille maison dr roux 1

La maison d'habitation et le cabinet médical du Docteur Armand-Roux, ancien maire de la commune, accueillent désormais la mairie de Latillé.

(Photo archives "LACTU")

 

 

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Latille la fontaine 1

Latillé, la fontaine de la place Robert-Gerbier.

 

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ELLE EST OU, MAMAN ?

Mon auto-tamponneuse verte

NOUS étions le 25 décembre 2013. Il était 21 h 30. À la maison, nous nous étions de nouveau mis à table pour un souper qui était sensé ne pas trop alourdir les estomacs encore en train de digérer les agapes du déjeuner. J'avais avalé trois ou quatre cuillerées  d'un potage de légumes maison, lorsque mon téléphone portable vibra. Sur l'écran, un message de mon frérot Jacky. "Ça y est, maman est partie." Il y avait un quart d'heure que je venais de la quitter, un quart d'heure qu'elle respirait encore comme elle pouvait. Depuis le matin, maman "Guète", comme je l'appelais lorsque j'étais enfant, se raccrochait à cette vie qui ne fut pourtant pas toujours rose. Elle était là mais déjà ailleurs. Sur son lit, elle peinait à trouver son souffle tandis qu'une musique douce étouffait les notes d'une mélodie classique. Certes, maman ne Frerot alain chez lui a st martin en saint maixentpouvait plus voir, sur sa gauche, les frondaisons du parc de La Chèze. Elle aima pourtant tellement travailler dans cette maison. Quelques mois plus tôt, elle m'avait encore répété cette phrase pleine de sincérité : "C'est au château que j'ai passé les plus belles années de ma vie". Son sourire, quand elle confiait cela, en disait long sur son bonheur, sur ses souvenirs. Sans doute se revoyait-elle devant le fourneau sur lequel mijotaient les plats qu'elle avait mitonnés avec amour, passion et patience.

Ce jour de Noël 2013, un petit sapin synthétique, disposé sur sa table de chevet, dressait sa fierté flattée par une guirlande électrique et des décorations de fête. "Ça y est, maman est partie." Il était 21 h 15. Elle était partie où, maman ? Elle était probablement allée chercher de l'huile dans le débarras. Ou la salade. Ou les huîtres que mes aînés de frangins et mes beaux-frères étaient chargés d'ouvrir.

Oui, elle était partie où, maman ? Je ne savais plus.

J'avais sept ans et mes parents étaient locataires de cette petite maison timide coincée entre deux hauts immeubles du bas de la place du marché de Latillé. 

L'un abritait le savoureux commerce de Madame Gilbert, une veuve tout de noir vêtue, chez qui je dînais quasiment tous les dimanches soir tant j'aimais l'observer préparer soigneusement le repas. Elle était d'une douceur, "ma Bébert", et d'une gentillesse si prévenante qu'elle avait donné pareille âme que la sienne à sa boutique de lingerie, de mercerie, de cadeaux, de jouets et de bonbons. J'étais bien en sa présence. Je passais des heures dans le calme et dans une ambiance ouatée et douillette où je me sentais en totale sécurité.

L'autre immeuble était partiellement occupé par Jacky et Louisette David, qui tenaient un commerce de vélos et de mobylettes. On empruntait un assez long couloir pour accéder à l'atelier de réparations qui sentait bon le cambouis, et où, l'hiver, un gros poêle ronronnait fort pour tenter de réchauffer l'atmosphère volumineuse si difficile à chauffer. C'est que, à l'époque, on ne connaissait pas le double vitrage, et le calfeutrage approximatif de la porte, d'ailleurs plus souvent ouverte que fermée, n'était pas d'une très grande efficacité. Un poste de radio s'égosillait sur une étagère installée à hauteur d'homme, sous un établi où étaient déposés des moteurs, des outils, des chambres à air et des tubes de colle. Il y avait aussi des étaux et sur l'autre table du même acabit, à gauche de l'entrée, une meule d'ébarbage dont on tournait la manivelle le plus vite possible avant de la lâcher pour laisser tourner le disque dans le vide jusqu'à ce qu'il ne siffle plus son désespoir. Jacky et Louisette rouspétaient très rarement mais riaient très souvent. Il nous arrivait même, parfois, de graver nos prénoms sur des gourmettes de pacotille, en frappant sur les poinçons utilisés pour attester l'identité et l'adresse du propriétaire d'une bicyclette ou d'un cyclomoteur. Personnellement, mon coup de marteau manquait de dextérité. J'ai toujours été très maladroit de mes mains. Autant vous dire que ça ne s'est jamais amélioré et que je ne suis pas bricoleur pour deux sous. Quand je vois ce que mes frangins ont été capables de faire et ce que Jacky réalise encore, je me sens très nul. Alain, doué en presque tout, a trop tôt abandonné la famille en précédant maman dans le "vieux" cimetière de Latillé.

Au fait, elle était partie où, maman ?Maman et annick 1

Ce 25 décembre 1960, le père Noël m'avait apporté une mini auto-tamponneuse verte, pilotée par une girafe au cou désarticulé. Je remontais la mécanique de la voiture avec une clé et l'auto-scooter reprenait son parcours semé d'embûches. Elle heurtait soit un pied de chaise ou un pied de table, soit la cuisinière à bois et charbon ou la chaussure de quelqu'un, avant de changer de direction. À l'arrière de la voiture, se brinquebalait, dans tous les sens, la tête de la tige sensée être reliée à la grille d’alimentation électrique d'une imaginaire piste. C'est rigolo une auto-tamponneuse verte qui cogne dans tout ce qu'elle trouve sur son passage...

Mais, elle était partie où, maman ? 

Maman, je l'ai trouvée assise sur le banc qui était adossé au mur du couloir en terre battue. Cet étroit passage déambulait vers des marches en pierre qui permettaient d'accéder au jardin potager. Elle pleurait, maman, le visage dans ses mains fripées par l'eau. Elle s'était abandonnée là, elle s'était abandonnée à ses souffrances, à sa tristesse, en ce jour de Noël. Je m'agenouillais devant elle et je posais mon auto-tamponneuse tout en lui demandant ce qu'elle avait, ce qui lui causait autant de chagrin. Je n'eus pas de réponse. Ou plutôt si. Je l'ai eue alors que j'étais au crépuscule de la cinquantaine. Chut ! c'est un secret... Maman "Guète" se releva, s'essuya les yeux avec son tablier et rejoignit, comme si de rien n'était, l'unique pièce de vie où mes sœurs, Annick et Dany, avaient commencé à dresser la table tandis que papa Eugène activait le feu dans la cheminée encadrée par la cuisinière et un vieux buffet deux corps...

Elle était où, mon auto-tamponneuse ?

Elle était sur le flanc, dans ce maudit couloir. La tête de la girafe gisait sur le sol. Un des bourrelets, amortisseurs de chocs, de la voiture ne ceinturait plus la carrosserie mais s'étalait à côté d'un pied du banc. La clé était tordue, la voiture ne tamponnait plus. Qui avait fait ça ? Maman ou moi. J'ai ramassé le jouet avec une très grande tristesse au fond du cœur et des larmes plein les yeux.

Maman était dans une petite chambre de la maison de retraite où elle ne s'accoutuma jamais. Mes sœurs, mon frère et moi avions pris la décision, avec son accord, de déplacer maman de sa maison de la résidence du Parc dans cet établissement baptisé "La Chèze d'Or". Elle y demeura neuf mois. Le temps de chacune de ses cinq grossesses. Elle y mourut le 25 décembre 2013, vers 21 h 15. "Ça y est, maman est partie". 

Elle est partie où, maman ?

Soudain, au pied de son lit, une auto-tamponneuse verte surgit avec à son volant une girafe au cou désarticulé. Je ressentis un énorme choc. Maman était assise sur le banc du couloir, le visage dans ses mains... Alors, je crois bien que j'ai pleuré.

Philippe

 

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Date de dernière mise à jour : 28/12/2015